Esteban Granero, le milieu de terrain formé par le Real Madrid et racheté par le club merengue cet été, est-t-il le messie, ou plutôt le Iniesta tant attendu par les socios du club merengue ? Le natif de Madrid réussira-t-il où nombre de jeunes et talentueux éléments ont échoué ? Pourra-t-il mettre fin à la malédiction des Canteranos, qui depuis le temps béni des Raùl et des Casillas, sévit sur Santiago Bernabeu ?
La succession des grands joueurs produits par la Fabrica Blanca est en déshérence. La Quinta de la Gallina (quintet de la poule), avec Arbeloa, Del Red et Mata entres autres, qui devait reprendre le flambeau de la Quinta d'El Buitre (quintet du vautour en référence à l'élégant Emilio Butragueno) a été tuée dans l'œuf. Ses poussins les plus prometteurs éparpillés à travers l'Espagne et l'Europe. Au Real, on aime les stars, on préfère « acheter les œufs au magasin alors qu'on a la poule à la maison » dixit le grand Alfredo Di Stefano. Dans ce contexte pour le moins nocif à l'émancipation des jeunes, ou les péroraisons et émerveillement fantoches concernent surtout les vedettes dont on a fait l'acquisition à coup de millions, difficile pour une jeune joueur, si talentueux fut-il, de franchir la pourtant ténue frontière entre l'équipe B et l'équipe A. Les entraineurs, papes de transition sans lendemain, craignent trop pour leurs postes pour risquer de lancer un frais émoulu du centre de formation. La quête de résultat sur le court terme se faisant au détriment de tout, du fond de jeu comme du processus d'éclosion de quelques pépites en devenir.
C'est dans ce cercle anxiogène qu'a grandit Esteban Granero. Surnommé « El Pirata », ce milieu de terrain polyvalent a plutôt un look de jésus avec sa barbe et ses longues boucles. Une apparence renforcée par les circonstances et les espérances de millions de socios du Real, las d'entendre les railleries cocardières des fans du Barça sur les Canteranos. Car question pédigrée, il n'y a rien à dire, Granero a rejoint le Real dès ses 8 ans. En une saison avec les -10 il a inscrit la bagatelle de 83 buts. Capitaine de l'équipe des -12, il bat le Barça en finale du tournoi « International football 7 » qui avait eu lieu au Palau Saint Jordi, à Barcelone. Les jeunes du Real s'étaient imposés 1-0 sur l'unique but de... Granero. A 17 ans, il rejoint l'équipe C du Real et est élu « Crack » en recevant le trophée Números 1 Don Balón du magazine éponyme. Bref, un pur Madrilène, qui après un passage remarqué à Getafe s'est considérablement aguerri.
Aujourd'hui, il est de retour au Real. Un honneur insigne, un caprice du destin qu'il compte bien exploiter en récompensant la confiance des dirigeants merengue par les oboles de son talent. Jusqu'ici, il n'a joué qu'une petite heure entre deux rencontres de Peace Cup, où il a pu fournir quelques échantillons de son habileté. Un tir puissant sur la barre contre Al Ittihad, un but plein d'opportunisme contre Quito assorti d'une passe décisive sur corner, ainsi qu'un tombereau d'actions pleines de clairvoyance et de vista, autant témoins de sa vision de jeu que garants de sa virtuosité. Ceux qui ont pu l'observer avec Getafe, où il a fait des miracles, savent que Granero est polyvalent. Capable de jouer les « Interiores » sur un coté, où d'évoluer en dix derrière les attaquants, le natif de Madrid pourrait bien devenir l'arme secrète de Pellegrini, le joueur en forme quand les héros sont fatigués, celui qui marque pendant les arrêts de jeu d'une rencontre inextricable et qui est toujours prêt à jaillir du banc. Plus d'options en attaque, plus de profondeur pour le banc, voilà ce que s'est offert le Real avec 4 millions d'euros.
Tel un Andres Iniesta à ses débuts il va côtoyer quelques uns des meilleurs joueurs du monde et forcément s'imprégner de leur jeu, et acquérir leurs méthodes. Grâce aux Kaka et Ronaldo, véritables aspirateurs de pression, Granero grandira, évoluera à l'ombre des géants, se développera pour enfin s'émanciper complètement et pourquoi pas devenir le Iniesta du Real. Tel le gentil fantôme du Barça, il apportera sa plus value, l'ultime pierre à l'édifice de son équipe. En tous cas, s'il y a bien un Canterano qui peut courir sus à la malédiction de la Castilla et redonner sa noblesse au circuit des jeunes du Real, c'est bien Esteban Granero.